Liane de Pougy : itinéraire d’une croqueuse de diamants

C’est le 2 juillet 1869, sous le nom d’Anne-Marie Olympe Chassaigne, que voit le jour celle qui deviendra l’une des plus célèbres courtisanes de son temps et croqueuse de diamants notoire, la fameuse Liane de Pougy. Mais pour le moment, ce n’est encore qu’un bébé rose et dodu qui ne fait défaillir d’admiration que sa chère maman, Marie Gabrielle Lopez, une bigote âgée de quarante-deux ans qui rêve d’une petite fille bien sage et s’empresse de la placer sous la protection de la Vierge Marie. Au moins, elle aura essayé ! Son père, lui, est le capitaine de lanciers Pierre Chassaigne, un rude militaire à la barbe hérissée, empestant le tabac. Il en faut beaucoup plus qu’une petiote en langes pour l’émouvoir.

La famille, dont les revenus sont très modestes, habite alors dans le Morbihan, à Lorient plus précisément, un petit appartement exigu qu’Anne-Marie quitte avec regret à l’âge de neuf ans pour entrer chez les nonnes, au couvent. Décidément, tout est mis en œuvre pour faire de cette petite une sainte. Mais « les voies du Seigneur… », tout ça, tout ça.

Au couvent de Sainte-Anne-d’Auray, parmi les Fidèles Compagnes de Jésus, Anne-Marie grandit et reçoit une excellente éducation au cours d’interminables leçons de bonne conduite dispensées par les bonnes sœurs. Maintien, politesse, art de la conversation… Tout ce que femme doit savoir.

Quatre ans plus tard, quand elle quitte les épais murs de pierre du couvent, elle est devenue une jeune fille accomplie : elle est « bonne à marier » comme on dit dans le temps. Et elle ne va pas échapper longtemps aux chaînes de l’hyménée. En quelques mois, ses parents lui dégotent un mari du nom d’Armand Pourpe, un jeune officier de marine âgé de vingt-quatre ans, qu’elle épouse bon gré mal gré le 15 juillet 1886. Elle vient tout juste de fêter ses dix-sept ans et la voilà déjà empêtrée d’un mari qu’elle ne connaît mie et qui est bien décidé à faire d’elle sa femme, sans ménagement. Cinquante ans plus tard, dans ses mémoires (Mes cahiers bleus à la date du 15 juillet 1935), elle garde un souvenir amer de cette union et de la nuit de noces à laquelle elle n’était pas préparée : « Anniversaire du jour où je me suis mariée et où, d’un coup direct qui m’a bien suffoqué, j’ai perdu ma virginité ». À l’époque, rien de choquant, le viol conjugal est un acte légal, la femme appartenant, tel un meuble, à son mari.

Lors d’un rapide voyage de noces, la provinciale découvre Paris, la Ville Lumière, ses restaurants, ses théâtres et surtout Sarah Bernhardt qu’elle applaudit sur les planches dans La Tosca. Elle est subjuguée par la prestance de cette artiste à qui l’on jette des bouquets de fleurs sous les hourras et qui est toujours entourée d’une foule d’admirateurs. In petto, elle se prend à rêver de gloire, de succès, d’être elle aussi un jour adulée…

sarah bernhardt
Sarah Bernhardt dans La Tosca par Nadar, 1887. Gallica BnF.

Mais les fugitives rêveries d’Anne-Marie s’envolent rapidement en fumée avec la maternité. Car madame Pourpe est tombée enceinte un mois après son mariage. Ça non plus, elle n’y était pas préparée. Elle se console de la fatigue et des douleurs, en imaginant sa future petite fille. Car, elle l’a décidé, ce sera une fille : douce et gentille. Hors de question d’avoir un garçon, violent et jaloux comme son mari. Manque de chance, le 18 mai 1887, après un accouchement compliqué vécu comme un véritable martyre, Anne-Marie donne naissance à un fils. Elle le prénomme Marc, sans grande conviction comme vous pouvez vous en douter. Sa nouvelle vie de mère consiste désormais à s’occuper de ce gamin pour lequel elle ne ressent aucun instinct maternel et à tenir la maison en attendant le retour d’un mari souvent absent. Autant vous dire que ce n’est pas la joie.

Puis la famille déménage à Marseille. Changement de décor : rien à voir avec les côtes bretonnes ! Les bateaux qui y accostent reviennent d’Orient les cales chargées d’objets exotiques qui font fureur en France depuis quelques décennies avec la vogue de l’Orientalisme. À défaut de sauter sur le premier navire venu pour mettre les voiles, Anne-Marie, qui a de plus en plus envie d’aller voir ailleurs, finit par prendre un amant. Et comme dans toute bonne pièce de théâtre de boulevard, Monsieur rentre un beau jour et surprend sa légitime, pataugeant dans d’illicites amours. Ciel, mon mari ! Armand Pourpe voit rouge (peut-être même pourpre !). Le cocu a la gâchette qui le titille, il dégaine son revolver et manque de tuer sa femme en lui tirant une balle dans le derrière.

Trop, c’est trop ! Aussitôt remise d’équerre, Anne-Marie prend ses cliques et ses claques (l’expression est d’ailleurs du XIXe siècle, saluez l’effort) et se fait la malle pour Paris où elle obtient le divorce. Désormais, le petit Marc sera élevé par ses grands-parents paternels. Nous sommes en août 1889, la belle a vingt ans et seulement 400 francs en poche, mais elle est déterminée. Ce vieux rêve, sourdement caressé, de gloire et de luxe que la mère au foyer avait dû étouffer sous le boisseau, devient son but ultime. Sa nouvelle devise : jouir ou périr.

Et pour y parvenir, il n’y a pas trente-six solutions quand on est une jeune femme sans le sou, il faut faire carrière dans la galanterie. Or, la concurrence est rude : à Paris on dénombre plus de 80 000 filles publiques, principalement des pierreuses et guetteuses des boulevards qui soulèvent leur jupon troué pour un verre de mauvaise absinthe à deux sous et vivent dans la misère. Seule une poignée d’hétaïres se pavanent somptueusement dans un luxe outrancier, résidant dans des hôtels particuliers aux crochets de quelques potentats qui les couvrent de bijoux. Alors, pour survivre, Anne-Marie va devoir « faire son trou » (encore une expression du XIXe siècle, applaudissements s’il vous plaît !) parmi toutes ces dégrafées.

Comme la plupart des grandes horizontales, elle change de nom et choisit celui de Liane, Liane de Pougy. Un nom bien trouvé, n’est-ce pas ? Celui d’une belle plante, gracile et tenace, prête à agripper ses proies de ses petites griffes roses acérées, à les entortiller dans une emprise enivrante et à les faire cracher, pardi ! Car elle fera tout pour parvenir à ses fins ; en l’occurrence : se vautrer dans le luxe et porter sept rangs de perles. Na !

Et notre Liane est plutôt bien partie, au vu de ses nombreux atouts. Ce cliché, pris par le célèbre photographe Charles Reutlinger, m’épargnera la peine de vous faire l’inventaire détaillé de ses charmes. C’est avec la fraîcheur éperdue de ses vingt ans, son profil pur et doux de camée (le bijou, hein), son teint de camélia blanc et son petit air contemplatif, qu’elle fait ses premiers pas dans le demi-monde, ce monde où l’on se déshabille. Les autres gigolettes et cabotines n’ont qu’à bien se tenir !

Album Reutlinger de portraits divers, vol. 23
Album Reutlinger, vol. 23. Gallica BnF.

Mais devenir une vraie cocotte, cela ne s’improvise pas. Et Liane doit apprendre les rudiments du métier. Elle commence donc par faire ses classes dans les dépotoirs, les bouis-bouis et les maisons closes parisiennes où elle apprend à reproduire, avec un art exquis, des danses ombilicales et autres pantomimes concupiscibles. Elle est bientôt initiée aux arcanes de la haute galanterie par Valtesse de La Bigne, célèbre demi-mondaine parisienne (qui deviendra son amante). Dans le même temps, elle prend des leçons de danse avec madame Mariquita, une fabuleuse danseuse de cabaret. En un rien de temps, elle acquiert l’élégance et les goûts raffinés qui sont l’apanage des riches Parisiennes de l’époque.

La charmeresse, qui excelle maintenant dans l’art d’émotionner les cœurs en décochant de longues œillades incendiaires qui valent des poèmes devient célèbre parmi les grandes cocottes. Bientôt on ne parle plus que d’elle dans tout Paris et sa beauté devient légendaire. Elle honore de sa présence les salons mondains, l’Opéra ou les champs de courses et se panade en balançant sa croupe gracile au bois de Boulogne, où hommes et femmes se pressent dans l’espoir de l’apercevoir.

Dès le début des années 1890, son nom apparaît régulièrement dans la presse, où l’on déballe pour le plus grand plaisir des lecteurs les noms de ses nombreux amants, mais aussi le détail de ses toilettes, bijoux et équipages.

Reutelinger vol. 24, f. 33
Album Reutlinger, vol. 24. Gallica BnF.

Liane de Pougy, femme d’affaires

Maintenant qu’elle peut se fondre parmi les femmes du meilleur monde, plus question pour elle d’inviter dans ses draps des pignoufs de simple roture, ou d’affreux gnomes désargentés. Et elle en envoie dinguer plus d’un, je vous le dis ! En femme pratique, elle voit les avantages que peuvent lui procurer certaines relations, et choisit judicieusement ceux à qui elle prodiguera ses voluptueuses et très onéreuses faveurs. Précisons qu’elle facture le quart d’heure en sa compagnie 12 000 francs — vous entendez bien douze mille francs — soit 45 000 euros ! La liste des heureux élus, qui deviendra bientôt trop longue à énumérer, compte déjà l’éminent égyptologue Lord Carnavon, le critique Ferdinand Brunetière, le maharadjah de Kapurtala, ou encore le marquis de Mac-Mahon, neveu du célèbre maréchal, dont elle rit après coup, d’une voix flutée : « J’ai gobé la fortune de Mac-Mahon comme on gobe un œuf » (Chalon, p. 49). Bref, Liane sort de chez ses clients les mains chargées d’or, exhibant fièrement fourrures et bijoux. Voilà notre jeune beauté diamantée comme une devanture de la place Vendôme !

Album Reutlinger de portraits divers, vol. 24 bis
Album Reutlinger, vol. 24. Gallica BnF.

En 1894, elle s’acoquine à Henri Meilhac, vous savez, cet auteur dramatique à succès, académicien, librettiste du compositeur d’opérette d’Offenbach, mais surtout roi des nuits parisiennes. C’est un septuagénaire peu ragoûtant, mais parader à son bras est un bon moyen de rencontrer du beau monde. Et hop, après quelques chatteries aguicheuses, il la fait engager aux Folies Bergères. Le 13 avril 1894, elle y débute sa carrière théâtrale en présentant des tours de magie et des acrobaties. Son nom, en lettres dorées, scintille sur les annonces lumineuses des boulevards.

Folies
Affiche des Folies Bergères par Paul Berthon. Gallica BnF.

 

Sur les planches des Folies Bergères, devant un parterre de spectateurs prestigieux, rivalisent déjà deux autres pensionnaires et non des moindres, puisqu’il s’agit de deux des plus grandes beautés de l’époque : Émilienne d’Alençon et Caroline Otero. Si notre Liane se met bientôt la première dans la poche (ou devrais-je dire sous le jupon, puisque ces deux-là entament rapidement une liaison), elle entretient une rivalité féroce avec La Belle Otero.

Du côté de la presse, les critiques s’accordent à dire que, malgré son adorable conviction, sa touchante langueur et toute la bonne volonté du monde, la charmante enfant n’a guère de talent artistique et qu’elle joue « mieux couchée que debout ». Bon, on ne peut pas avoir tous les dons ! Même Sarah Bernhardt, qu’elle consulte en quête de conseils, lui recommande gentiment : « N’ouvre pas la bouche, contente-toi de te montrer, tu es suffisamment belle pour cela ». Effectivement, il suffit à Liane de Pougy, qualifiée de « plus jolie femme du siècle » par Edmond de Goncourt, de monter sur scène dans ses tenues infiniment suggestives, aux corsages hypertendus, et d’offrir le capiteux spectacle de sa seule beauté charnelle, pour jeter toute l’assemblée dans un éréthisme contre lequel nul ne peut lutter. C’est bien connu, depuis que le monde est monde, les jolies femmes peuvent se passer de talent !

casino de paris
Affiche du Casino de Paris par Georges Redon. Gallica BnF.

À Paris, où elle séjourne dans les plus belles demeures (elle possède plusieurs hôtels particuliers dans les quartiers les mieux hantés de la capitale), Liane est devenue une véritable vedette, une célébrité de la vie mondaine. Ses adorateurs sont nombreux, souvent célèbres et fortunés comme Maurice de Rothschild qui la couvre de présents. De même, Catulle Mendès et Montesquiou lui écrivent des sonnets tandis qu’elle inspire à son grand ami Jean Lorrain un ballet dans lequel elle danse, L’Araignée d’or et un recueil de contes, Princesse d’ivoire et d’ivresse. On l’appelle maintenant « La Divine », rien que cela.

Celle qui s’est spécialisée dans les grosses fortunes et le sang bleu traîne à sa suite ses trophées de cœurs enchaînés : industriels, politiciens, princes exotiques, gentlemen de haute et vieille aristocratie porteurs de noms historiques ou couverts de galons et d’aiguillettes dorées. Ce qui lui vaudra un autre surnom, celui de « Passage des princes ». Un passage très fréquenté, gare aux embouteillages ! Ainsi, Liane promène son joli minois et ses yeux de velours aux quatre coins de l’Europe, toujours en bonne compagnie, en quête de nouvelles conquêtes.

Mais sous le fard et les bijoux rutilants, et sous son air de sérénité triomphante, Liane de Pougy, est une grande mélancolique qui traverse plusieurs périodes de cette dépression que l’on nomme alors le spleen. Le 5 juin 1896, elle tente même de se suicider par empoisonnement au laudanum parce que son amant, le docteur Albert Robin qui soigne notamment Zola, Daudet, Lorrain et Catulle Mendès, lui a fait une infidélité. Et ce docteur n’est pas le dernier pour lequel Liane videra un flacon de laudanum (toujours savamment dosé, pour éviter le pire). Pourtant, de son côté, Liane ne se prive pas pour roucouler à droite à gauche, tant avec des hommes qu’avec des femmes. Elle défraye d’ailleurs la chronique en assumant ouvertement sa bisexualité et ses liaisons saphiques, notamment avec Natalie Clifford Barney, une jeune Américaine de vingt-trois ans qu’elle rencontre en 1899 et qui deviendra plus tard une grande femme de lettres.

Liane de Pougy fait encore parler d’elle à travers la publication d’une demi-douzaine de romans autobiographiques dont le contenu, souvent sulfureux, lui assure un certain succès en librairie. Dans l’un d’entre eux, Idylle saphique, elle met d’ailleurs en scène sa relation passionnée avec la belle Américaine. On peut encore citer, au nombre de ses publications, L’insaisissable et La Mauvaise Part (Myrrhille), relayés sous forme de feuilletons dans la presse. Une femme qui écrit des romans ? En voilà un joli scandale ! Mais Liane en joue et se sert de son image et de sa notoriété pour vendre et construire sa propre légende. Et l’audacieuse courtisane de clamer : « Tout le monde vend quelque chose… Moi, je vends mon cul. » (Chalon, p. 81).

Liane a trente-trois ans, dont treize ans de carrière dans la galanterie, et personne ou presque, ne lui résiste. Elle fricote même (une seule fois) avec Reynaldo Hahn, l’amant de Marcel Proust, et fréquente à cette occasion le futur auteur d’À la recherche du temps perdu dont elle inspirera le personnage d’Odette de Crécy. Elle continue de se produire sur les scènes des music-halls tandis qu’elle assure la direction d’une nouvelle revue illustrée féminine, L’Art d’être Jolie, qui paraît pour la première fois en juillet 1904 (à feuilleter sur Gallica, mesdames !).

Mais cette vie de débauche commence à l’épuiser et à l’écœurer. Et puis, surtout, elle est terrorisée à l’idée d’avoir, dans quelques années, quarante ans. Comment affronter l’inévitable déclin de sa beauté et de son succès auprès des hommes ? Pour la femme fatale, cette vision est cauchemardesque. En 1908, elle rencontre le jeune prince roumain Georges Ghika, il a vingt-quatre ans et est éperdument amoureux d’elle. Elle l’épouse deux ans plus tard, devenant par cette union princesse et nièce de la reine Nathalie de Serbie.

Georges
Le prince roumain Georges Ghika (collection Alexandre Ghika).

Les deux tourtereaux passent de longs mois en Algérie, loin de Paris, d’un passé scandaleux et des anciens amants qui courent les rues et les théâtres. Dans les bras de Georges, elle tire définitivement un trait sur sa vie de galanterie et prend officiellement sa retraite d’une vie de débauche. Lorsque le couple rentre en France, c’est pour s’installer, à l’abri des regards, au pavillon de Noailles à Saint-Germain-en-Laye, au sein du château que s’était fait bâtir le duc de Noailles sous Louis XIV. Les mois passent, rythmés par les soirées au champagne en compagnie des bons amis.

Quand tout à coup — juillet 1914 — la guerre éclate : Liane est horrifiée. Son fils Marc (tiens, on l’avait oublié celui-là !) s’engage pour courir à la guerre et défendre son pays au grand dam de sa mère qui, au cours de la dernière décennie, avait renoué avec ce fils talentueux, pionnier de l’aviation dont la presse relatait les nombreux exploits.

Elle transforme alors son pavillon de Saint-Germain-en-Laye en infirmerie et accueille les premiers blessés. Mais le 2 décembre 1914, elle apprend que Marc, son « aigle chéri », est tombé au champ d’honneur dans la Somme. Dévastée, anéantie, elle met plus d’une année à se remettre de ce deuil et, affaiblie, entre en maison de santé.

Marc Pourpe
Le fiston, Marc Pourpe (crédit : site En Envor).

En 1926, c’est au tour de son mari de l’abandonner, deux jours après son cinquante-septième anniversaire pour convoler avec une jeune artiste qu’elle avait accueillie sous son aile (entendez sous son corsage). Grosse claque. Elle retrouve alors à Paris son ancienne amante Natalie Barney ainsi que son amie Mimy Franchetti et partage avec elles deux une vie faite de tendresses et de cajoleries. Mais deux années plus tard, alors que son mari Georges est revenu vers elle, Liane s’éloigne peu à peu de ceux qu’elle a aimés et commence à se tourner avec ardeur vers la religion et la philosophie, en quête d’un sens à donner à son existence.

La rédemption

En été 1928, elle découvre au détour d’une promenade près de Grenoble, à Saint-Martin-de-Vinoux, l’asile Sainte-Agnès dirigé par la Mère Marie-Xavier, qui abrite et veille sur des handicapées mentales. Liane, touchée au plus profond de son être par la misère et la détresse de ces femmes, en devient la protectrice. Elle remue ciel et terre pour solliciter des fonds, faisant appel à toutes ses vieilles connaissances fortunées. Quelques années plus tard, en 1931, celle qui lit pieusement chaque soir un chapitre de l’Imitation de Jésus Christ confie à propos de l’asile de Sainte-Agnès : « Cette œuvre est devenue ma raison de vivre. Ces malheureuses, les sœurs admirables, sont désormais toute ma famille » (Chalon, p. 293). Après avoir atteint le firmament des galanteries, l’ancienne courtisane ressent désormais la nécessité d’une vie conventuelle. Elle partage pourtant toujours sa vie avec son mari Georges — onaniste et exhibitionniste notoire dont les manies ne se sont pas arrangées avec l’âge — mais lui impose de plus en plus de distances.

Liane de Pougy et Georges Ghika 1932. Los Angeles Times Photographs Collection
Liane de Pougy et Georges Ghika, 1932. Los Angeles Times Photographs Collection.

 

En août 1943, deux ans avant la mort de Georges, Liane est admise sous le nom d’Anne-Marie-Madeleine de la Pénitence dans le Tiers-Ordre de Saint-Dominique, une fraternité laïque située près de Lausanne. C’est là qu’elle finit ses jours, en odeur de sainteté, le 26 décembre 1950, à l’âge de quatre-vingt-un ans, dans sa chambre du Carlton Hotel qu’elle a fait transformer en cellule monacale. Elle sera enterrée, selon sa volonté, dans le petit cimetière qui jouxte l’asile de Sainte-Agnès. Décidément, entre la vierge et la putain, Liane aura, sa vie durant, incarné un éternel fantasme masculin.

Si vous avez patiemment lu cet article jusqu’ici, je vous invite à prendre une minute de plus pour faire un saut sur la plateforme participative Tipeee et me laisser un petit pourboire, histoire d’encourager mes recherches pour le blog (qui ne me rapportent rien d’autre que le plaisir de les partager avec vous). C’est rapide, sans engagement et puis ça me touche beaucoup ! Merci par avance :)

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MA BIBLIO :

  • Catherine Authier, Femmes d’exception, femmes d’influence : Une histoire des courtisanes au XIXe siècle, Armand Colin, Paris, 2015.
  • Jean Chalon, Liane de Pougy. Courtisane, princesse, sainte, Flammarion, Paris, 1994.
  • Liane de Pougy, Mes cahiers bleus, Plon, Paris, 1977.
  • Liane de Pougy, Idylle saphique, Lattès, Paris, 1979.
  • Lettres à Liane de Pougy, de Max Jacob et Salomon Reinach, Plon, Paris, 1980.
  • Rebecca Rogers, Les Bourgeoises au pensionnat. L’éducation féminine au XIXe siècle, Presses universitaires de Rennes, 2007.

8 réflexions sur “Liane de Pougy : itinéraire d’une croqueuse de diamants

  1. Très belle article sur une cocotte de la belle époque mon arrière grand père ancien officier de la garde impérial de sa majesté le Nicolas II à très bien connu une ancienne cocotte Madame Caroline OTERO à Nice.

    Aimé par 1 personne

  2. De quoi faire plus d’une série TV… même si ton écriture évoque les images sans aucun problème.

    Quelles vies à la fois trépidantes et terribles que celles des cocottes 😥

    PS : commentaire précédent à supprimer stp

    Aimé par 1 personne

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