L’histoire de Zeuxis d’Héraclée : Peintre, ah le joli métier !

Le peintre Zeuxis peignant des modèles nues, Harley MS 4425, f. 142r
Le peintre Zeuxis peignant des modèles nues, Harley MS 4425, f. 142r

Zeuxis d’Héraclée, le peintre qui s’est pris pour Geneviève de Fontenay. L’élection de Miss Crotone, des vierges mises à nue pour la recherche de la beauté absolue.

Zeuxis d’Héraclée (464 – 398 av. J.C.), c’est un peintre de l’antiquité qui a carrément la cote : c’est à lui qu’on attribue l’introduction de l’esthétique du trompe-l’œil dans la peinture grecque. En effet, c’est un pro de l’illusion, de l’imitation de la nature (la mimèsis). Comme c’est un homme de challenge, il décide, avec un autre peintre fameux de l’époque Parrhasius d’Éphèse (vers 420-370), de faire un battle ou «duel pictural», dans lequel chacun des deux peintres devait présenter une œuvre et un jury départagerait la plus réaliste. Ce concours nous est raconté en vieux françois dans le Dictionarium Antiquitatum Romanarum et Graecurum : « Zeuxis avoit si bien peint des raisins, que les oiseaux fondoient dessus pour les becqueter. Parrasius peignit un rideau si artistement (notez le bel adjectif), que Zeuxis le prenant pour un vray rideau qui cachoit l’ouvrage de son antagoniste, demanda plein de confiance qu’on tirât vite ce rideau, afin qu’il vist ce que Parrhasius avoit fait. Ayant connu sa méprise, il se confessa vaincu, puisqu’il n’avoit trompé que des oiseaux, & que Parrhasius avoit trompé les maistres mesmes de l’art ».

Malgré cet échec cuisant, Zeuxis n’en demeure pas moins un artiste extrêmement respecté et admiré de ses contemporains. Aussi fait-on appel à lui pour décorer les façades du temple d’Héra Lacinia, érigé au Vème siècle avant notre ère à Crotone, en Italie du Sud. Il se propose alors de peindre l‘idéal de la beauté féminine : une représentation d’Hélène de Troie, le canon de l’époque.Toutefois, comme la beauté parfaite ne peut être réunie en une seule femme, il lui faut plusieurs modèles ! Il va donc se balader vers le gymnase, où de beaux éphèbes nus s’exercent et, tandis que Zeuxis s’attarde sur la beauté des corps de ces Adonis (et pour ne pas qu’il s’éloigne trop de son objectif initial), les Crotoniates lui proposent : « Nous avons ici, leurs sœurs encore vierges : tu peux, en voyant leurs frères, te faire une idée de leur beauté ». Ce à quoi Zeuxis, qui ne perd jamais le nord, répond « Présentez-moi donc, s’il vous plaît, les plus belles de ces jeunes filles à titre de modèles pour le tableau promis : c’est ainsi que je pourrai faire passer dans une peinture inanimée la vivante vérité de la nature ». Cicéron (106 – 43 av. J.C.) nous raconte la fin de cette histoire : « Par décision officielle, ils réunirent les jeunes filles en un seul lieu, et autorisèrent le peintre à choisir librement parmi elles. Il n’en retint que cinq, dont maint poète nous a transmis les noms pour avoir obtenu les suffrages du maître le plus capable d’apprécier la beauté. Il ne crut pas pouvoir découvrir en un modèle unique tout son idéal de la beauté parfaite, parce qu’en aucun individu la nature n’a réalisé la perfection absolue ». Pline L’Ancien (23 – 79) qui raconte la même anecdote*, précise quant à lui, « qu’avant d’y travailler [à sa représentation de la beauté absolue], il obtint, de voir leurs filles nues, parmi lesquelles il en choisit cinq, pour en extraire et rassembler dans la Junon ce qu’il jugea de plus beau en chacune ».

Voilà pour la petite histoire de Zeuxis, et comme aurait pu dire mon cher Mel Brooks, « c’est bon d’être le peintre ! » (comprendra qui voudra).

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* Cicéron et Pline L’Ancien relatent strictement les mêmes faits, à la différence que selon Pline, Zeuxis a peint pour les Agrigentins et non pour les Crotoniates (source).

Ma biblio :

CICERONDe Inventione II (1- 3), trad.A. Reinach, 1921; Macula 1985.
DANETIUS PETRUS, Dictionarium antiquitatum romanarum et graecarum, in usum serenissimi Delphini […], 1698.
PLINE L’ANCIENHistoire naturelle, XXXV [XXXVI], éd. Jean-Michel Croisille, Paris, Les Belles Lettres, 1985.
BAYLE Pierre, Dictionnaire historique et critique: T – Z, Volume 4, Bohm, 1720.

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